Citius, Altius, Fortius!

L’approche des JO de Londres m’a donné envie de parler un peu de sport. Qu’est-ce donc cette chose qui façonne – qu’on le veuille ou non d’ailleurs – une grande partie de notre vie? Depuis que notre travail n’accapare plus que 16% de notre existence et que la conception d’enfants est devenue une option, les loisirs et les médias rythment notre quotidien. L’ EPS est devenu une matière obligatoire, les abonnements à la salle de sport ont connu un essor sans précédent, et les géants du petit écran se livrent une bataille sans merci pour l’acquisition des droits de retranscription des événements sportifs tels que la coupe du monde de football ou les JO. Le lancement de beIN par Al Jazeera fait trembler canal+ qui craint de perdre de son soft power*.

Mais alors quelle est la place du sport dans notre société de consommation? Quelle est sa signification? C’étaient un peu les questions qui me turlupinaient en entendant tous ces journalistes s’extasier à l’approche des JO. Voici quelques points que j’ai pu retenir en lisant quelques journaux. Bien sûr, cela reste incomplet et vague, mais ce sont les grandes lignes qui m’ont frappée.

1. Le sport est social

Et oui, ça paraît assez évident, mais on a un peu tendance à l’oublier: le sport, c’est tout d’abord un agent social. Il relie un groupe d’individu qui acceptent de se soumettre à certaines règles, et par extensio aussi à des valeurs morales. Chaque sport constitue un langage en soi, qu’on ne peut comprendre que si on en connait les règles. Ce langage, ce sont des mots (« foul », « ace » au tennis par exemple), mais aussi des actions. En quelque sorte, jouer ensemble, c’est signer un mini-contrat: On se soumet à des règles, des valeurs et des devoirs que tout le monde respecte, et en échange la pérennité du jeu est garanti.

Mais le potentiel social du sport s’établit au-delà du terrain de jeu. Il est devenu le mot magique de toute résolution de conflit dans les autres sphères sociales. Guerre inter-ethnique? Enterrons la hache de guerre en organisant un match de foot. L’obésité? Mettons-nous tous au jogging et à l’aqua-gym au nom de la santé. Des violences à l’école? Apprenons le respect de l’autre en participant à un tournois.

On assiste également à une « sportivisation » des autres domaines culturels: concours littéraires, compétitions de lectures, etc. A croire qu’on ne peut devenir meilleur qu’en se comparant aux autres, alors que la discipline artistique est par essence incomparable, car le style est quelque chose d’unique et qui transgresse les codes existants pour les réinventer.

11. Le sport est jouissance

On parle de sport comme l’accomplissement du désir à partir des années 60. C’est à ce moment-là que le sport s’individualise: on ne pratique plus le sport en groupe seulement, mais aussi pour son plaisir personnel. Avec la démocratisation de la télévision, le sportif peut se hisser au niveau des demi-dieux. Barthes parlait du Tour de France comme étant le mythe par excellence: Des coureurs qui ressemblent à des héros sur-puissants bravant les obstacles de Mère Nature étape par étape**. La télévision ne rate pas une goutte de sueur, pas un regard passionné, pas une chute qui ne soit transmise « en live », et la tension est à son comble, au plus grand bonheur du spectateur.

Mais le plaisir procuré par le sport ne se réduit pas uniquement aux épopées transmis par les médias. L’apparition de nouvelles formes de sports qui elles, n’ont justement pas de règles, excite les foules. Chacun est libre de faire le sport qui lui plaît, en solo, sans devoir obéir à un capitaine ou un arbitre: le jogging, le surf, le cross sont des sports qui répondent si bien à la devise « just do it » lancée par Nike un peu plus tard (1988).

Le sport est performance

Jusqu’à présent, on reliait le sport à des valeurs immatérielles comme la morale ou le plaisir. Mais le sport, c’est aussi une question de performance. Une valeur qui est devenue centrale dans toutes les compétitions, et aux cyniques d’ajouter qu’elle aurait même supplanter l’idée du fair-play. Comment en est-on arrivé là?

D’un point de vue sociologique, on serait devenu étranger à notre corps. J’ai lu il y a quelques mois dans Elle l’interview d’une femme qui annonçait qu’elle voyait son corps comme son propre enfant dont il fallait prendre soin et surveiller quotidiennement. Le corps serait donc une entité distincte qu’il convient de façonner à son image.

Avec une telle philosophie, il est que trop facile de tomber dans le piège de l’hyper-rationalité: quel exercice pour fortifier tel muscle? La marque Reebok a inventé CrossFit, une fusion de différents sports qui a pour unique but de tonifier un maximum le corps***. Nike a lancé un bracelet qui calcule l’énergie (le « fuel » dans leur langage) dépensée dans la journée. On peut après communiquer ses dépenses d’énergies automatiquement à tous ses amis via Facebook. Le corps est maintenant une voiture pleine d’essence prête à être conduite.

Or, ce diktat de la performance, elle nous vient aussi du niveau pro. La fin justifiant les moyens, on se trouve de plus en plus confronté à un équilibre fragile entre amélioration et tout simplement tricherie****. Ou est la différence entre « dopage technologique » (nouveau matériaux pour les maillots de bain, chaussures ultra-performantes, etc) et « dopage médicale »? C’est une question éthique qui mérite d’être posée, dans tous les cas…

Avant de terminer, voici une émission sur la « dictature de la performance » diffusée par Cultures Monde sur France Culture qui donne quelques pistes:

http://www.franceculture.fr/emission-culturesmonde-le-sport-au-dela-du-jeu-34-la-dictature-de-la-performance-2012-07-11

Et vous, quel sentiment l’approche des JO vous donne-t-il?

* Pour ceux qui ne regardent pas la pub: http://www.strategies.fr/actualites/medias/188926W/be-in-sport-canal-le-match-commence.html

** Barthes, Roland, Mythologies. (1956

*** Pour ceux qui ont la foi de regarder de plus près: http://www.reebok.com/fr-FR/easytone-content/easytone-powerblock/

**** Le Philosophie Magazine de ce mois-ci a publié un joli ouvrage sur cette limite très mince.

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