Le café

« Il pensa: Si elle commande un déca, je me lève et je m’en vais. C’est la boisson la moins conviviale. » Foenkinos, La délicatesse

Soluble, décaféiné, moulu, Robusta, Arabica, avec un nuage de lait ou de la mousse, serré, allongé… tant de façons d’apprécier son café qu’il devient difficile de s’y retrouver. Tant de choix et combinaisons, chaque café semble raconter son histoire, et surtout dessiner une première esquisse de la personne qui le commande. Je laisse cette tache aux infographies de Pinterest (« dis-moi quel café tu bois, et je te dirai qui tu es ») pour une approche un peu plus « banale » de cette boisson. Plus que les saveurs et les subtilités du produit, c’est son insertion dans le quotidien qui m’intéresse.

Quel sens donner au café dans notre quotidien?

 

 

LES CAFÉS DU QUOTIDIENS

Peut-être la chose la plus évidente – car la plus vraie – qui nous vient à l’esprit, c’est que le café est la boisson la plus quotidienne qui soit dans notre société occidentale (si j’étais Chinoise, ce serait une toute autre histoire). Mais creusons un peu. Le petit noir apparaît dans différentes situations. Et à chaque événement, sa signification. Le café à la fin d’un repas de famille n’a pas la même saveur que le café pris entre deux réunions, debout avec une touillette en plastique. Bien sûr, la qualité et le contexte y sont pour beaucoup, mais il y a autre chose également qui change profondément la perception, c’est la motivation profonde qui amène à commander le breuvage.

Car ce ne sont ni le contexte, ni la qualité qui définisse le plaisir, c’est justement la motivation qui détermine le cadre et le produit.

I/ LES CAFÉS MÉCANISÉS

Les cafés du geste, ces café mécanisés, pris inconsciemment, souvent interchangeables. Et parce qu’ils le sont, quel intérêt à se s’embêter à leur consacrer du temps, rechercher un lieu sympa, ou à dépenser une fortune ?

Cela ne les rend pas moins important, au contraire : ce sont eux qui structurent la normalité de notre existence, et l’absence de ces derniers fait apparaître frustration et anxiété.

Le café passe-temps et le café habituel 

Il existe deux types de cafés mécanisés : ceux qu’on prend régulièrement, à la même heure, au même endroit; et ceux qui sont dégustés à l’improviste, au gré du hasard dans la journée.

Avec le café, on peut combler un vide (le café passe-temps) ou structurer ses événements journaliers (le café habituel).

Le café passe-temps se prend généralement lorsqu’on a « rien à faire » – une petite pause entre deux dossiers, l’attente d’un ami, une après-midi maussade qui ne donne pas envie de sortir… Au lieu d’admettre se vide temporaire (car accepter l’oisiveté revient à se retrouver face à soi-même, c’est-à-dire face au néant), on le comble par un café. Il ne se prend pas consciemment, sa saveur n’est pas mémorable en soi.

Le café habituel est un peu différent : il annonce ou clôt les événements de tous les jours. Le café matinal signifie le passage de la sphère intime à la sphère publique (comme on revêt ses vêtements de travail, on endosse son rôle sociétal – on devient mère de famille, employée, grand-mère, etc., prête à se comporter comme il se doit). Le café à la fin du repas conclut cet acte codifié, et autorise à prendre congé (il est toujours difficile de partir sans prendre un dernier café, s’installe ce flottement, cette impression d’inachevé).

 

IMG_20140416_135943

II/ LES CAFÉS IDÉALISÉS

Pourquoi les appeler cafés idéalisés? Pour la simple raison que ce sont des cafés dont on se languit, il sont synonymes de « ruptures » volontairement hédoniste : on s’aménage du temps, on se concentre sur le goût, la couleur, l’odeur, et pour un instant, on se prend pour un connaisseur du plaisir, du vrai. Ces cafés sont idéalisés et rares, et c’est souvent l’image de quiétude qui nous remplit de bonheur plus que le produit en soi.

Un épicurisme individualiste

Contrairement à d’autres boissons comme le thé, le café est un plaisir égoïste.

D’abord au niveau de la forme : pas de théière à partager, chacun commande « son » café. C’est un de ces objets qui transpose parfaitement l’idéologie de l’individualisme : à chacun son café, et les possibilités sont infinies (je me rappelle clairement de mon malaise la première fois que j’ai posé mes yeux sur le grand tableau des cafés du Starbucks – au point où j’ai fini par commander un thé).

Un plaisir sérieux

On ne badine pas avec le café.

Pour commencer, c’est son goût qui le rend adulte : l’amertume, ce goût contre nature qu’il faut « apprendre » à aimer (contrairement au sucré ou au salé, qui sont des goût qu’on apprécie dès son enfance). C’est un produit synonyme de maturité.

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s